Cerro torre

pat9 (2)Cerro Torre, Face Ouest, Voie Ferrari

C’est à la fin du mois de novembre 2008, que nous arrivons par beau temps sur El Chalten. Notre intention est de gravir le sommet tant envie du Cerro Torre. Apres deux mois déjà passé en Amérique du sud, nous voici enfin à l’endroit le plus excitant du voyage avec une météo parfaite. Conscients qu’ici, cela ne peut pas durer très longtemps, nous bouclons illico les sacs bourrés de trois semaines et demi de vivre pour rejoindre le pied de la face ouest, via le paso Marconi.

Des lors, nous commençons de laborieux portages, les charges sont telles que deux allers-retours sont tout le long nécessaires pour chacun d’entre nous. L’expé légères n’en a que le nom. Après deux jours de marche nous apprenons que Rolando garibotti et trois compagnons viennent  de réussir le sommet, par la voie Ferrari, c’est-à-dire celle que nous convoitons. Confiants dans les prévisions météo, ils ont choisis un style beaucoup plus léger que le notre, et cela a fonctionné… Nous maudissons un petit peu plus nos gros sacs, doutant un peu de la durée de ce créneau météo… Le point positif est que la voie semble en condition, désormais nettoyée, nous pourrons donc rejoindre la cime plus rapidement, même si cela enlève un peu de piment. Cette voie, ouverte en 1974 par Ferrari, Mario Conti et leurs compatriotes, était novatrice pour l’époque. Elle chemine principalement entre neige et bastions de glaces, pour aboutir au pied du champignon terminal du Torre, aux conditions variables et hasardeuses. Longtemps délaissée au profit de la voie du compresseur de Maestri, elle est maintenant considérée comme la voie normale de ce sommet, car beaucoup plus “naturelle”.

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Au quatrième jour nous rejoignons le Hielo Sur, ce continent de glace sud américain, et chaussons enfin les skis. C’est le soulagement de faire glisser les charges sur nos pulkas qui ne sont que de simples, mais efficaces, luges d’enfants. Des lors, les allers-retours sont finis et nous rejoignons la base du Torre, dans un décor incroyable. Cette montagne, qui fait partie de nos rêves depuis des années, est enfin là, en face de nous.

Par chance, la cave de neige de nos predecesseurs est encore présente et nous prenons un soin particulier a la rendre plus grande et plus confortable. Une vrai petite maison est construite, la tente y a sa place, une cuisine, ainsi qu’ une pièce pour stocker la nourriture. Nous décidons de prendre deux jours pour récupérer, repérer la voie fantastique qui nous tend les bras et faire les sacs tranquillement. Le beau temps continue, il fait une chaleur incroyable, mais le vent souffle en altitude. Est-il possible de grimper avec un tel vent? Nous ne savons pas, ce qui ne fait qu’augmenter notre motivation d’aller voir.  Ne faisons- nous pas une grosse erreur en attendant ici sans rien faire ? Nous avons du mal à garder patience. Nous mangeons beaucoup, et Julien, qui une semaine avant était au sommet de l’Aconcagua a énormément de mal a se restreindre aux rations prévues. La cave fond, remplissant nos bouteilles d’eau, même pas besoin d’allumer le réchaud. Nous profitons des skis pour faire notre première godille de l’été austral, pensant aux grosses chutes de neige annoncées au même moment sur nos Alpes.  Demain, si le baromètre ne descend pas trop, nous ferons une tentative.

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A trois heures du matin, il fait toujours chaud, le ciel est couvert, tant pis on monte voir ce qui se passe là haut. Au pire ca nous decrassera! Nous montons en direction du col de l‘Esperance, naviguant entre les barres de rocher, les crevasses et les champignons surplombants. Les conditions parraissent tres sèches en comparaison des photos que nous avons en mémoire. Le vent est présent, les nuages couvrent le continent de glace de deux couches superposées. Il faut nous rendre a l’evidence: c’est la pire journée depuis notre arrivée ! Le col est en glace dure, tout est en train de givrer, nous commençons à avoir froid. Nous sommes  vraiment  tentés de redescendre. Nous décidons de continuer un peu pour voir comment ça tourne, des longueurs faciles dans un relief hallucinant nous régalent. Nous rejoignons “le Casque”,  cette grosse meringue formant un replat et l’aire usuelle de bivouac au milieu de la voie, marquant le début des difficultés.

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Le temps semble tenir: ok, a muerte el Torre! la motivation grandit et la partie supérieure se dévoile enfin au dessus de nous : “Quelle gueule ce Torre!”

Sans plus se concerter, nous oublions l’idée de faire juste un portage et continuons en direction du sommet. Une longueur neigeuse très raide prend du temps à Jérôme pour surmonter le casque. S’en suit du mixte facile et agréable venant buter au pied d’une partie de glace plus dure et plus raide. Nous sommes maintenant entourés de plaquages neigeux déversant, de piliers de granite hallucinants de raideur et de compacité. Jamais nous n’avons vu un tel décor.

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Le matériel de bivouac, les vivres et les fameux pieux a neige tant necessaires pour la descente commencent a se faire sentir sur nos sacs. Les seconds commencent à tirer la langue, les mollets durcissent, tant pis, tout ce matériel constitue notre assurance pour le sommet, et notre sécurité. Nous peinons un peu en les hissant sur soixante mètres tres raides. Arrivés en haut des 3 longueurs raides, nous sommes tous cuits, lyophilisés et avons faim. En contrebas, un cri de victoire se fait entendre: loin de nous encourager, un groupe de grimpeurs invisibles jusqu’alors vient d’en terminer avec la difficile longueur du casque. Nous ne sommes donc pas seuls!

Nous découvrons alors un des joyaux de la voie: un tunnel de glace et de neige d’une trentaine de mètres de long. L’ambiance est surnaturelle, le vent et le froid s’engouffrent dans ce boyau bleu. Heureusement que la météo se maintient car ici, par fort vent… n’y pensons même pas! Les nuages se dégagent un peu plus et, au sortir du tunnel, passant un petit col sur la gauche, l’immense flèche de granit du Fitz Roy se dévoile enfin. Nous hurlons de joie, le sommet approche, nous l’apercevons! Deux longueurs et nous atteignons le pied de la dernière longueur, défendant tel un donjon, l’accès au sommet. Il est 21 heures, nous creusons un petit abris de neige et de glace, le soleil s’enfuit derrière le Hielo Sur… de l’autre côté le vent congèle, mais ici, c’est calme et nous savourons ces instants magiques. La dernière longueur est en glace (et non en beige) et semble donc relativement facile. Nous nous endormons tranquilles et confiants, partageant un duvet pour deux.

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En ce dimanche, nous commencons par trainer un peu au lit. Un lyoph ou deux plus tard, et Baptiste « Frog », notre responsable champignon de neige, se décide enfin a se lever (il est 10h), et à préparer son matériel. Une demi-heure et un petit 4+ glacé plus tard, en cannelure déversante délirante, il atteint la coupole sommitale, plein soleil et sans vent. Le reste de l’équipe suit, talonnée de peu par un grimpeur solitaire sorti de nulle part. Walter signe aujourd’hui la première solitaire de cette montagne sans les pitons Maestri!

Nous nous rendons aussi compte que cette journée est exceptionnelle pour ce sommet et cette voie : c’est la première fois que tant de cordées (5!) font le sommet le même jour, alors qu’il paraîtrait que nous soyons seulement la dixième cordée au sommet par cette voie! Ainsi que la dernière cordée de la journée a fait la quatorzième. Incroyable pour une voie ouverte en 1974!

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La descente en rappel se passe sans histoire, hormis un petit d’embouteillage au moment de croiser le groupe d’argentins apercus la veille. Tout ce petit monde est hilare: ils sont sur le point de réussir l’ascension d’un sommet mythique de leur pays natal, et sont seulement la deuxième cordée d’argentins sur cette voie! Nous nous promettons mutuellement un asado de la victoire (barbecue à la mode argentine), et de grandes lampées de vino tinto. En attendant, ce sont les 2 kg de jambon cru qui tremblent d’effroi dans la grotte de glace.

Nous revenons en deux jours a El Chalten avec le trop plein de nourriture.

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